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Facebook se trouve une nouvelle fois au cœur d’une polémique sur le respect de la vie privée de ses utilisateurs. C’est à croire que le réseau social le plus populaire de la planète cherche aussi à devenir le réseau social le plus intrusif. Alors que Facebook avait annoncé vouloir (enfin) prendre la vie privée de ses utilisateurs au sérieux, il semble avoir fait marche arrière. Ses pratiques peinent en tout cas à rassurer. Et ce n’est pas comme si on avait un jour cru à toutes ces belles paroles…

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Qu’est-ce que Facebook a encore pu bien faire!?

Il ressort d’une publication scientifique américaine que Facebook n’a pas hésité à modifier le contenu des informations reçues par un groupe d’utilisateurs afin d’étudier la contagion émotionnelle sur le réseau. Le but? Déterminer si le nombre de messages positifs ou négatifs lus par les utilisateurs pouvait influencer le contenu de ce qu’ils postent eux-mêmes sur le site. Cette étude a bien sûr déclenché de vives inquiétudes chez les internautes, et en dit en réalité bien plus sur les pratiques de Facebook que sur le comportement en ligne des utilisateurs.

L’émoi suscité par les conditions de réalisation de cette étude a conduit l’Information Commissioner’s Office (ICO), l’autorité britannique de protection des données, à ouvrir une enquête afin de déterminer si, en manipulant en secret les fils d’actualité de près de 700.000 utilisateurs, Facebook n’a pas tout simplement enfreint les règles en matière de protection des données personnelles. Penchons-nous, nous aussi, sur cette question.

Que dit la loi?

La directive européenne 95/46 relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel prévoit plusieurs critères de qualité auxquels doivent répondre les données personnelles faisant l’objet d’un traitement.

Il est notamment prévu à cet égard les données à caractère personnel doivent être traitées loyalement et licitement, et ne peuvent être utilisées que pour des finalités compatibles avec celles pour lesquelles elles ont été collectées (ces finalités devant par ailleurs être déterminées, explicites et légitimes). Tout traitement ultérieur des données personnelles dont la finalité serait incompatible avec la finalité initiale est interdit. La seule solution envisageable dans ce cas est de mettre à jour la déclaration relative à la vie privée destinée à informer les personnes concernées, et obtenir à nouveau le consentement de celles-ci.

Facebook a bien étudié sa leçon. Critiqué de toutes parts, le célèbre réseau social s’est en effet défendu en disant que les conditions d’utilisations de son service, auxquelles les internautes doivent agréer avant de s’inscrire, avaient été modifiées pour prévoir explicitement la possibilité pour ces derniers de faire l’objet d’études. Un petit détour par les conditions d’utilisation du réseau social nous apprend en effet que Facebook se réserve le droit d’utiliser les données des internautes pour, entre autres, « des opérations internes, dont le dépannage, l’analyse de données, les tests, la recherche et l’amélioration des services ». La société de Mark Zuckerberg était donc, a priori, dans son bon droit. Ce que Facebook a cependant oublié de préciser, c’est que cette modification des conditions d’utilisation est en réalité intervenue près de quatre mois après que l’étude ait été réalisée… Au moment où l’étude était menée, il n’était en d’autres termes fait aucune mention du traitement des données à des fins de recherche !

Et pour la suite?

Au regard de la polémique suscitée, Facebook a finalement reconnu avoir « vraiment mal communiqué » à propos de son étude sur les émotions des internautes, et a admis devoir améliorer sa stratégie de communication à l’avenir. « Nous avons très mal communiqué sur ce sujet », a affirmé Sheryl Sandberg (directrice des opérations), qui a ensuite ajouté : « Nous prenons très au sérieux la question de la vie privée au sein de Facebook ». Permettez-nous de commencer (ou plutôt, de continuer) à en douter sérieusement.