Après la célèbre oeuvre d’art de Gustave Courbet, L’origine du monde, c’est au tour de la fameuse sculpture de la Petite Sirène située dans le port de Copenhague au Danemark de faire les frais d’une censure par Facebook.

C’est avec un grand étonnement qu’une femme politique danoise a appris la censure de sa publication sur Facebook.  Mette Gjerskov avait publié une photo de la statue de la Petite Sirène. Au premier abord, il semblerait que la suppression serait due à la nudité et à la connotation sexuelle de la sculpture en cause.  Mette Gjerskov se dit être scandalisée par la censure de ce trésor national bien connu des touristes et du peuple danois. Pourtant, il s’agit simplement d’une statue de bronze représentant le personnage du conte de Hans Christian Andersen, certes légèrement dénudé, mais loin d’être classé au même niveau que la pornographie.

Toutefois, le réseau social Facebook affirme qu’il ne s’agit pas en l’espèce d’un problème de nudité mais bien d’une atteinte au droit d’auteur des ayants droits de l’artiste, Edvard Eriksen, raison pour laquelle la photo a été supprimée. Dès lors, aucune photo de la célèbre statue ne peut être publiée sans paiement des droits d’images aux héritiers. Encore une fois, l’art, le patrimoine et la richesse culturelle se voient censurés pour des raisons de protection du droit d’auteur, même si nous pouvons largement supposer qu’il s’agit plutôt d’une question de redevance et d’appât du gain que de protection de la propriété intellectuelle.

Il est vrai que le monopole que confère le droit d’auteur peut paraître envahissant, en particulier lorsqu’il empêche de diffuser des œuvres sur les réseaux sociaux. Il devient agaçant de se voir refuser la publication d’une simple image d’une œuvre sous prétexte qu’un droit d’auteur protège celle-ci. Désormais, lors de votre prochain voyage, si vous désirez prendre une photo de la Petite Sirène de Copenhague, il faudra payer pour la diffuser sur Internet en toute légalité. Quoi de plus choquant pour tout un chacun de prendre une photo d’une œuvre exposée dans un lieu public et de se voir refuser la diffusion de celle-ci sous réserve d’une redevance aux ayants droits ? Dans certaines situations, il arrive que le droit d’auteur prenne trop de place voire même une position inappropriée et au final illégitime aux yeux du public.

Grâce à son droit de propriété intellectuelle et plus précisément son droit patrimonial, l’artiste ou ses ayants droits peuvent s’opposer à la reproduction de l’œuvre en question. Il a été admis qu’une photographie d’une œuvre d’art constitue une reproduction et peut dès lors faire l’objet d’une opposition du titulaire du droit d’auteur. Toutefois, ce droit patrimonial s’oppose à une certaine liberté de diffuser des images du panorama et du patrimoine européen en l’espèce. La question de la relation entre cette liberté et le monopole du droit d’auteur est plus vive que jamais, surtout dans notre monde de plus en plus connecté et où les libertés sont de plus en plus mises en avant.

Bien évidemment, pour l’instant le droit d’auteur prime avant tout, sauf pour ce qui est des quelques exceptions encadrées par la loi. Mais les récents évènements, les polémiques et l’évolution technologique permettant une plus grande diffusion des œuvres pourraient à l’avenir remettre en cause la protection que confère le droit d’auteur au nom d’une éventuelle liberté de diffuser et de communiquer au monde entier notre patrimoine culturel. Après tout, ne dit-on pas que la richesse culturelle appartient à l’humanité ?

Article rédigé par Adeline Balza, collaboratrice chez lesJuristes Bruxelles et reflète sa propre opinion.